La maison des tablettes
Apprenez le sumérien
Lisez-le, écrivez-le dans l'argile, écoutez-le, redites-le. La plus ancienne langue écrite qui soit, et personne ne la parle depuis quatre mille ans.
9 unités, 31 leçons, 77 signes cunéiformes, 83 mots. Les exercices ont besoin de JavaScript. Tout ce qu'ils enseignent est sur cette page de toute façon.
Argile et roseau
Le calame, le coin et les premiers nombres
Comment marche l'écriture
Le cunéiforme n'est pas un alphabet. Un signe peut valoir un mot entier, une syllabe, ou rien du tout : une marque muette qui dit de quelle sorte est le mot suivant. Le même signe fait les trois travaux selon sa place, et c'est pourquoi une translittération écrit AN pour le signe, an pour le mot ciel, et un d en exposant pour ce même signe employé comme marque de dieu.
Les trois traits
Un calame de roseau à pointe triangulaire fait une seule forme, pressée sous des angles différents. Tenu la queue vers la droite, c'est un horizontal. Tourné la queue vers le bas, un vertical. Pressé avec le coin seul, un winkelhaken. Tous les signes de l'écriture sont ces trois-là, arrangés autrement, et rien d'autre.
Compter par soixante
Les nombres allaient en base soixante. Un coin vertical vaut un, un winkelhaken vaut dix, et un gros coin vertical ouvre l'ordre suivant à soixante. Les soixante secondes de la minute et les 360 degrés du cercle sont le même système, toujours en usage.
- diš
- 1, un coin vertical
- u
- 10, un winkelhaken
- ĝeš
- 60, de nouveau un coin vertical, écrit plus grand
Ciel et terre
An, Ki, et tout ce qu'il y a entre eux
Un signe, deux mots
𒀭 se lit an quand il veut dire ciel et diĝir quand il veut dire dieu. C'est le même signe parce que dans la pensée sumérienne les deux sont presque la même chose : le ciel est là où sont les dieux. Écrit devant un nom il cesse d'être un mot et devient la marque qui annonce un dieu. Personne ne le lisait à voix haute.
- an
- ciel
- diĝir
- dieu
Le Pays
Les Sumériens appelaient leur pays kalam, le Pays, sans rien ajouter. Tout ce qui était au-delà était kur : montagne, pays étranger et pays des morts, le tout en un mot. Géographie et théologie dans un seul signe.
Les gens
Homme, femme, enfant, roi
Le grand homme
lugal, roi, c'est LU2 plus GAL : homme plus grand. Le sumérien bâtit une bonne part de son vocabulaire ainsi, en posant deux mots simples l'un à côté de l'autre et en laissant le composé durcir jusqu'à devenir un titre.
- lugal
- roi, de lu2 gal, grand homme
- e2-gal
- palais, de e2 gal, grande maison
- dub-sar
- scribe, de dub sar, celui qui écrit la tablette
Animé et inanimé
Il n'y a pas de masculin ni de féminin ici. La coupure qui compte est animé contre inanimé : les gens et les dieux d'un côté, tout le reste de l'autre. Seuls les noms animés prennent le pluriel -(e)ne, et seuls les animés prennent le possessif -a-ni, qui est le sien pour les deux.
La maison et la ville
Là où vivait le Pays
L'adjectif vient en second
iri gal, c'est la grande ville, jamais gal iri. Les nombres font pareil : udu min, c'est deux moutons, mouton-deux. Ce qui décrit un nom le suit.
- iri gal
- la grande ville
- e2 ku3
- la maison pure
- udu min
- deux moutons
Pain et bière
Le troupeau, le champ, et ce qui en sortait
Un signe dans un signe
gu7, manger, c'est le signe KA, bouche, avec le signe du pain dessiné dedans. nag, boire, c'est la même bouche avec de l'eau dedans. L'écriture dit ce qu'elle veut dire, et une fois le tour compris on lit des signes jamais rencontrés.
- gu7
- manger : du pain dans la bouche
- nag
- boire : de l'eau dans la bouche
La bière comme salaire
La bière se distribuait à la jarre comme paie, et les tablettes administratives qui l'enregistrent sont presque tout ce qui survit. Le sumérien n'est pas d'abord une littérature. C'est d'abord de la comptabilité, et la littérature est venue après.
Le corps et la parole
Tête, main, cœur et parole
Verbes composés
Le sumérien aime faire un verbe avec une partie du corps plus un verbe simple. igi du8, c'est voir, œil plus ouvrir. šu ti, c'est recevoir, main plus approcher. Le nom reste un mot à part et peut s'éloigner du verbe dans la phrase, ce qui est l'une des difficultés d'une vraie ligne.
Les me
Les me sont les pouvoirs divins : l'ensemble fixe des choses qui font marcher une civilisation. La royauté, le sacerdoce, les métiers, la musique, l'art du scribe, et des entrées moins évidentes comme la discorde et la tromperie. Inana enivre Enki et les emporte dans sa propre ville, et le poème les énumère un à un.
Les terminaisons
Le sumérien colle sa grammaire au bout du nom
L'ergatif
Voilà ce qui fait trébucher qui vient du français. Un sujet qui fait quelque chose à un objet prend -e. Un sujet qui est seulement, ou qui va, ou qui se tient debout, ne prend rien, et l'objet non plus. Donc la même forme nue couvre le roi de le roi est allé et la maison de le roi a construit la maison. La langue les regroupe ; le français non.
- lugal i3-ĝen
- le roi est allé. Nu : rien n'a subi l'action.
- lugal-e e2 mu-un-du3
- le roi a construit la maison. -e sur le roi, rien sur la maison.
Les terminaisons, dans l'ordre
Elles s'empilent sur le nom dans un ordre fixe, et il peut y en avoir plus d'une à la fois. Voici celles qu'emploie ce cours.
- -Ø
- absolutif : la forme nue. Sujet intransitif, ou objet.
- -e
- ergatif : le sujet qui agit sur quelque chose.
- -ak
- génitif : de. Entendu le plus souvent -a, puisque le k ne sort que si quelque chose suit.
- -ra
- datif : à, pour. Animés seulement.
- -še3
- terminatif : vers.
- -ta
- ablatif : depuis, hors de.
- -a
- locatif : dans, sur.
- -da
- comitatif : avec.
Les possessifs
-ĝu10 est mon, -zu est ton, -a-ni est le sien, -bi est son à lui pour une chose. Ils se placent entre le nom et la terminaison de cas, donc un nom peut finir avec trois suffixes d'un coup : e2-ĝu10-še3, vers ma maison.
Le verbe
Une chaîne de préfixes avec une racine quelque part dedans
La chaîne
Un verbe sumérien est une racine avec une file de préfixes devant et une courte queue derrière. Les préfixes ne sont pas un ornement facultatif : ils portent le mode, la direction de l'action, et des renvois aux participants. Un verbe conjugué n'apparaît presque jamais nu.
- i3-ĝen
- il est allé. i3- est le préfixe le plus simple qui soit.
- mu-un-du3
- il l'a construite. mu- ramène l'action par ici, -n- renvoie à celui qui la fait.
- nu-ĝen
- il n'est pas allé. nu- remplace le préfixe au lieu de s'y ajouter.
- i3-ĝen-eš
- ils sont allés. -eš au bout est le pluriel.
L'ordre des mots
Le verbe vient en dernier. Tout le reste s'aligne devant, en gros sujet, puis le reste, puis objet, puis verbe. Comme les terminaisons disent qui fait quoi, l'ordre du milieu peut bouger sans casser la phrase.
Ḫamṭu et marû
Le sumérien ne partage pas tant le temps en passé et présent qu'en achevé et inachevé. Ḫamṭu, rapide, est l'achevé, et marû, lent, celui qui dure. Certains verbes marquent la différence par une autre terminaison, et quelques-uns changent de racine entière. Ce cours reste en ḫamṭu.
Les tablettes
De vraies lignes, de vraies tablettes
Ce qui survit
Le sumérien est mort comme langue parlée vers 2000 av. J.-C. et a continué deux mille ans de plus comme langue de l'érudition, comme le latin. Presque tout ce que nous pouvons lire a été recopié par des élèves dans les écoles de scribes longtemps après que plus personne ne le parlait, et c'est pourquoi le même poème survit en une douzaine de versions un peu différentes.
Comment c'est censé sonner
Personne ne le sait. La prononciation employée ici est la reconstitution courante : cinq voyelles nettes, š comme le ch de chat, ĝ comme le ng de sing, ḫ comme la jota espagnole. L'enregistrement de Gilgameš que Peter Pringle chante sur un luth à long manche est la raison d'être de cette application, et c'est une reconstitution parmi plusieurs.
Signes et mots
77 signes cunéiformes et 83 mots. Chaque caractère est un vrai point de code cunéiforme d'Unicode, donc il se copie directement depuis la page.
| Signe | Nom | Lectures | Sens |
|---|---|---|---|
| 𒀸 | ASH | aš, diš | le nombre un en coin horizontal |
| 𒁹 | DISH | diš, aš | le nombre un en coin vertical ; aussi la marque devant un nom de personne |
| 𒌋 | U | u | dix ; le winkelhaken, fait avec le coin du calame seul |
| 𒐕 | GESH2 | ĝeš | soixante ; la base de tout le système de numération |
| 𒀭 | AN | an, dingir, diĝir | ciel ; dieu. Écrit devant un nom divin il ne se lit pas à voix haute |
| 𒆠 | KI | ki | terre, sol, lieu. Après un nom de lieu il marque que c'en est un |
| 𒀀 | A | a | eau ; aussi la voyelle du génitif et du locatif |
| 𒆳 | KUR | kur | montagne, pays étranger, le monde des morts |
| 𒇽 | LU2 | lu2 | homme, personne, celui qui |
| 𒊩 | SAL | munus, sal | femme |
| 𒌉 | TUR | dumu, tur | enfant, fils, fille ; petit |
| 𒈗 | LUGAL | lugal | roi. Littéralement le grand homme, LU2 plus GAL |
| 𒃲 | GAL | gal | grand |
| 𒎏 | NIN | nin | dame, reine, maîtresse |
| 𒂗 | EN | en | seigneur, grand prêtre |
| 𒂼 | AMA | ama | mère |
| 𒂍 | E2 | e2 | maison, maisonnée, temple |
| 𒌷 | URU | iri, uru | ville |
| 𒌓 | UD | ud, utu, u4 | soleil, jour, lumière ; le dieu soleil Utu |
| 𒌗 | ITI | iti, itud | mois, lune |
| 𒀯 | MUL | mul | étoile ; trois signes AN écrits ensemble |
| 𒁮 | DAM | dam | conjoint, mari ou femme pareillement |
| 𒆷 | LA | la | la syllabe la, où atterrit le génitif -ak après lugal |
| 𒉈 | NE | ne, bil2 | feu, brûler ; la syllabe ne du pluriel -e-ne |
| 𒂊 | E | e | le suffixe d'ergatif et de locatif-terminatif -e ; une digue |
| 𒂠 | ESH2 | še3, èš, eš2 | le suffixe terminatif -še3, vers ; une corde |
| 𒂔 | EDIN | edin | steppe, campagne ouverte entre les villes |
| 𒄘 | GU2 | gu2 | cou ; la rive d'un fleuve |
| 𒍪 | ZU | zu | savoir ; dent |
| 𒆪 | KU | ku, tuš, durun | s'asseoir, habiter |
| 𒂁 | DUG | dug | pot d'argile, jarre |
| 𒈪 | MI | ĝi6, mi | nuit ; noir |
| 𒅎 | IM | im | argile, la matière d'une tablette ; aussi vent et tempête |
| 𒄀 | GI | gi | roseau. Le calame s'y taille |
| 𒆍 | KA2 | ka2, abul | porte |
| 𒆜 | KASKAL | kaskal | route, voyage, campagne |
| 𒋧 | SUM | sum | donner |
| 𒉡 | NU | nu | ne pas. Le préfixe négatif du verbe |
| 𒈠 | MA | ma | la syllabe ma ; ma2 est un bateau |
| 𒈫 | MIN | min | deux ; aussi la marque d'idem sur une tablette |
| 𒌦 | UN | kalam, un | le Pays, c'est-à-dire Sumer ; les gens |
| 𒄑 | GISH | ĝeš, giš | arbre, bois ; devant un nom il marque que la chose est en bois |
| 𒄞 | GUD | gud, gu4 | bœuf, taureau |
| 𒇻 | UDU | udu | mouton |
| 𒈧 | MASH2 | maš2 | chèvre, chevreau |
| 𒀲 | ANSHE | anše | âne, équidé |
| 𒄩 | HA | ku6, ḫa | poisson |
| 𒌨 | UR | ur | chien ; aussi un animal féroce |
| 𒊺 | SHE | še | orge, grain |
| 𒃻 | GAR | ninda, ĝar | pain, ration ; poser |
| 𒁉 | BI | kaš, bi | bière ; comme bi, le démonstratif ce |
| 𒃾 | GESHTIN | ĝeštin | vigne, vin, raisin |
| 𒅗 | KA | ka, dug4, du11, inim | bouche ; parler ; parole |
| 𒅘 | KAxA | nag, na8 | boire : de l'eau dans la bouche |
| 𒅥 | KAxGAR | gu7 | manger : du pain dans la bouche |
| 𒅆 | IGI | igi | œil ; voir ; devant |
| 𒋗 | SHU | šu | main |
| 𒊕 | SAG | saĝ, sag | tête ; premier |
| 𒊮 | SHA3 | šag4, ša3 | cœur, intérieur, milieu |
| 𒁺 | DU | ĝen, du, gub, tum2 | aller, venir ; comme gub, se tenir debout |
| 𒋾 | TI | ti, til3 | vie, vivre ; côte ; flèche |
| 𒍣 | ZI | zi | souffle, vie, gorge ; se lever |
| 𒆬 | KU3 | ku3 | argent, métal précieux ; pur, saint |
| 𒁾 | DUB | dub | tablette d'argile |
| 𒊬 | SAR | sar, mu2 | écrire, inscrire ; jardin |
| 𒉆 | NAM | nam | destin, sort ; devant un nom il en fait l'abstrait : nam-lugal, la royauté |
| 𒃷 | GAN2 | gan2, ašag | champ, terre cultivée |
| 𒉣 | NUN | nun | prince, noble ; la ville d'Eridu |
| 𒈬 | MU | mu | nom ; année ; le préfixe verbal mu- |
| 𒈨 | ME | me | les pouvoirs divins qui tiennent le monde en ordre ; être |
| 𒈾 | NA | na | pierre ; la syllabe na |
| 𒁀 | BA | ba | attribuer ; le préfixe verbal ba- |
| 𒊏 | RA | ra | frapper ; le suffixe de datif -ra |
| 𒋫 | TA | ta | le suffixe ablatif -ta, depuis |
| 𒁕 | DA | da | côté, bras ; le suffixe comitatif -da, avec |
| 𒉌 | NI | ni, i3, ì | huile, graisse ; le possessif -ani, son |
| 𒄭 | HI | ḫi, du10 | mélanger ; comme du10, bon, doux |
Mots
| 𒀭 | an | ciel, cieux, firmament |
| 𒀭 | diĝir | dieu, divinité, deesse |
| 𒆠 | ki | terre, sol, lieu |
| 𒀭𒆠 | an-ki | l'univers, ciel et terre, le ciel et la terre |
| 𒀀 | a | eau |
| 𒆳 | kur | montagne, pays, pays etranger, monde des morts |
| 𒌦 | kalam | le Pays, pays, sumer, la terre |
| 𒌓 | utu | soleil, utu, dieu soleil |
| 𒌓 | u4 | jour, lumiere du jour, tempete |
| 𒈪 | ĝi6 | nuit |
| 𒌗 | iti | mois, lune |
| 𒀯 | mul | étoile |
| 𒅎 | im | argile, vent, tempete, glaise |
| 𒄀 | gi | roseau |
| 𒂔 | edin | steppe, plaine, campagne |
| 𒇽 | lu2 | homme, personne, etre humain |
| 𒊩 | munus | femme |
| 𒌉 | dumu | enfant, fils, fille |
| 𒈗 | lugal | roi |
| 𒎏 | nin | dame, reine, maitresse |
| 𒂗 | en | seigneur, grand pretre, en |
| 𒂼 | ama | mère |
| 𒁮 | dam | conjoint, epouse, mari, femme |
| 𒉣 | nun | prince, noble |
| 𒁾𒊬 | dub-sar | scribe |
| 𒌨 | ur | chien |
| 𒂍 | e2 | maison, temple, maisonnee |
| 𒂍𒃲 | e2-gal | palais, grande maison |
| 𒌷 | iri | ville, cite, uru |
| 𒆍 | ka2 | porte |
| 𒆜 | kaskal | route, voyage, voie, chemin |
| 𒃷 | gan2 | champ |
| 𒁾 | dub | tablette |
| 𒆬 | ku3 | argent, metal precieux, pur |
| 𒄑 | ĝeš | arbre, bois |
| 𒈠 | ma2 | bateau, barque |
| 𒂁 | dug | pot, jarre, vase, recipient |
| 𒄞 | gud | bœuf, taureau, boeuf |
| 𒇻 | udu | mouton, brebis |
| 𒈧 | maš2 | chèvre, chevreau |
| 𒀲 | anše | âne, equide, baudet |
| 𒄩 | ku6 | poisson |
| 𒊺 | še | orge, grain |
| 𒃻 | ninda | pain, nourriture, ration |
| 𒁉 | kaš | bière |
| 𒃾 | ĝeštin | vin, vigne, raisin |
| 𒉌 | i3 | huile, graisse, beurre |
| 𒊕 | saĝ | tête |
| 𒅆 | igi | œil, oeil, visage, devant |
| 𒅗 | ka | bouche |
| 𒋗 | šu | main |
| 𒄘 | gu2 | cou, rive, berge |
| 𒊮 | šag4 | cœur, coeur, interieur, milieu, ventre |
| 𒍣 | zi | vie, souffle, gorge |
| 𒈬 | mu | nom, annee |
| 𒅗 | inim | parole, mot, affaire |
| 𒈨 | me | pouvoir divin, me, pouvoirs divins, office |
| 𒉆 | nam | destin, sort, lot |
| 𒉆𒈗 | nam-lugal | la royauté |
| 𒉆𒁾𒊬 | nam-dub-sar | l'art du scribe, le metier de scribe, la science du scribe |
| 𒁺 | ĝen | aller, venir |
| 𒁺 | gub | se tenir debout, se lever, poser, placer |
| 𒅗 | dug4 | parler, dire |
| 𒅘 | nag | boire |
| 𒅥 | gu7 | manger, nourrir, donner a manger |
| 𒋾 | til3 | vivre, habiter, demeurer |
| 𒋧 | sum | donner |
| 𒊬 | sar | écrire, inscrire |
| 𒁺 | du3 | construire, batir, elever |
| 𒆪 | ku4 | entrer |
| 𒆪 | tuš | s'asseoir, habiter, demeurer, etre assis |
| 𒍪 | zu | savoir, connaitre |
| 𒅆 | igi du8 | voir, regarder |
| 𒃲 | gal | grand |
| 𒌉 | tur | petit, jeune |
| 𒆬 | ku3 | pur, saint, brillant |
| 𒄭 | du10 | bon, doux, agreable |
| 𒉡 | nu | ne pas, non, pas |
| 𒁹 | diš | un, 1 |
| 𒈫 | min | deux, 2 |
| 𒁹𒁹𒁹 | eš5 | trois, 3 |
| 𒌋 | u | dix, 10 |
| 𒐕 | ĝeš | soixante, 60 |
Comment marche le sumérien
Une langue isolée : sans parents, ni vivants ni morts. Agglutinante, ergative, verbe en dernier.
Argile et roseau
Comment marche l'écriture
Le cunéiforme n'est pas un alphabet. Un signe peut valoir un mot entier, une syllabe, ou rien du tout : une marque muette qui dit de quelle sorte est le mot suivant. Le même signe fait les trois travaux selon sa place, et c'est pourquoi une translittération écrit AN pour le signe, an pour le mot ciel, et un d en exposant pour ce même signe employé comme marque de dieu.
Les trois traits
Un calame de roseau à pointe triangulaire fait une seule forme, pressée sous des angles différents. Tenu la queue vers la droite, c'est un horizontal. Tourné la queue vers le bas, un vertical. Pressé avec le coin seul, un winkelhaken. Tous les signes de l'écriture sont ces trois-là, arrangés autrement, et rien d'autre.
Compter par soixante
Les nombres allaient en base soixante. Un coin vertical vaut un, un winkelhaken vaut dix, et un gros coin vertical ouvre l'ordre suivant à soixante. Les soixante secondes de la minute et les 360 degrés du cercle sont le même système, toujours en usage.
Ciel et terre
Un signe, deux mots
𒀭 se lit an quand il veut dire ciel et diĝir quand il veut dire dieu. C'est le même signe parce que dans la pensée sumérienne les deux sont presque la même chose : le ciel est là où sont les dieux. Écrit devant un nom il cesse d'être un mot et devient la marque qui annonce un dieu. Personne ne le lisait à voix haute.
Le Pays
Les Sumériens appelaient leur pays kalam, le Pays, sans rien ajouter. Tout ce qui était au-delà était kur : montagne, pays étranger et pays des morts, le tout en un mot. Géographie et théologie dans un seul signe.
Les gens
Le grand homme
lugal, roi, c'est LU2 plus GAL : homme plus grand. Le sumérien bâtit une bonne part de son vocabulaire ainsi, en posant deux mots simples l'un à côté de l'autre et en laissant le composé durcir jusqu'à devenir un titre.
Animé et inanimé
Il n'y a pas de masculin ni de féminin ici. La coupure qui compte est animé contre inanimé : les gens et les dieux d'un côté, tout le reste de l'autre. Seuls les noms animés prennent le pluriel -(e)ne, et seuls les animés prennent le possessif -a-ni, qui est le sien pour les deux.
La maison et la ville
L'adjectif vient en second
iri gal, c'est la grande ville, jamais gal iri. Les nombres font pareil : udu min, c'est deux moutons, mouton-deux. Ce qui décrit un nom le suit.
Pain et bière
Un signe dans un signe
gu7, manger, c'est le signe KA, bouche, avec le signe du pain dessiné dedans. nag, boire, c'est la même bouche avec de l'eau dedans. L'écriture dit ce qu'elle veut dire, et une fois le tour compris on lit des signes jamais rencontrés.
La bière comme salaire
La bière se distribuait à la jarre comme paie, et les tablettes administratives qui l'enregistrent sont presque tout ce qui survit. Le sumérien n'est pas d'abord une littérature. C'est d'abord de la comptabilité, et la littérature est venue après.
Le corps et la parole
Verbes composés
Le sumérien aime faire un verbe avec une partie du corps plus un verbe simple. igi du8, c'est voir, œil plus ouvrir. šu ti, c'est recevoir, main plus approcher. Le nom reste un mot à part et peut s'éloigner du verbe dans la phrase, ce qui est l'une des difficultés d'une vraie ligne.
Les me
Les me sont les pouvoirs divins : l'ensemble fixe des choses qui font marcher une civilisation. La royauté, le sacerdoce, les métiers, la musique, l'art du scribe, et des entrées moins évidentes comme la discorde et la tromperie. Inana enivre Enki et les emporte dans sa propre ville, et le poème les énumère un à un.
Les terminaisons
L'ergatif
Voilà ce qui fait trébucher qui vient du français. Un sujet qui fait quelque chose à un objet prend -e. Un sujet qui est seulement, ou qui va, ou qui se tient debout, ne prend rien, et l'objet non plus. Donc la même forme nue couvre le roi de le roi est allé et la maison de le roi a construit la maison. La langue les regroupe ; le français non.
Les terminaisons, dans l'ordre
Elles s'empilent sur le nom dans un ordre fixe, et il peut y en avoir plus d'une à la fois. Voici celles qu'emploie ce cours.
Les possessifs
-ĝu10 est mon, -zu est ton, -a-ni est le sien, -bi est son à lui pour une chose. Ils se placent entre le nom et la terminaison de cas, donc un nom peut finir avec trois suffixes d'un coup : e2-ĝu10-še3, vers ma maison.
Le verbe
La chaîne
Un verbe sumérien est une racine avec une file de préfixes devant et une courte queue derrière. Les préfixes ne sont pas un ornement facultatif : ils portent le mode, la direction de l'action, et des renvois aux participants. Un verbe conjugué n'apparaît presque jamais nu.
L'ordre des mots
Le verbe vient en dernier. Tout le reste s'aligne devant, en gros sujet, puis le reste, puis objet, puis verbe. Comme les terminaisons disent qui fait quoi, l'ordre du milieu peut bouger sans casser la phrase.
Ḫamṭu et marû
Le sumérien ne partage pas tant le temps en passé et présent qu'en achevé et inachevé. Ḫamṭu, rapide, est l'achevé, et marû, lent, celui qui dure. Certains verbes marquent la différence par une autre terminaison, et quelques-uns changent de racine entière. Ce cours reste en ḫamṭu.
Les tablettes
Ce qui survit
Le sumérien est mort comme langue parlée vers 2000 av. J.-C. et a continué deux mille ans de plus comme langue de l'érudition, comme le latin. Presque tout ce que nous pouvons lire a été recopié par des élèves dans les écoles de scribes longtemps après que plus personne ne le parlait, et c'est pourquoi le même poème survit en une douzaine de versions un peu différentes.
Comment c'est censé sonner
Personne ne le sait. La prononciation employée ici est la reconstitution courante : cinq voyelles nettes, š comme le ch de chat, ĝ comme le ng de sing, ḫ comme la jota espagnole. L'enregistrement de Gilgameš que Peter Pringle chante sur un luth à long manche est la raison d'être de cette application, et c'est une reconstitution parmi plusieurs.
Les lignes de vraies tablettes
La translittération suit les éditions courantes. La traduction est une version simple, pas la citation d'un traducteur particulier, et la littérature sumérienne est éditée et rééditée : lisez-les comme une lecture, pas comme un verdict.
nam-lugal an-ta e11-de3-a-ba
après que la royauté fut descendue du ciel
eridug{ki} nam-lugal-la
la royauté fut à Eridug
u4 ri-a u4 su3-ra2 ri-a
en ces jours-là, en ces jours lointains
mu ri-a mu su3-ra2 ri-a
en ces années-là, en ces années lointaines
en-e kur lu2 til3-la-še3 ĝeštug2-ga-ni na-an-gub
le seigneur tourna son esprit vers la montagne où vit l'homme
u4 an-ki-a nam tar-re-da
le jour où les destins se décidaient au ciel et sur la terre
L'argile
Un calame de roseau à pointe triangulaire fait une seule forme, pressée sous trois angles : l'horizontal, le vertical, et le winkelhaken pressé avec le coin seul. Tous les signes de l'écriture sont ces trois-là et rien d'autre. La tablette a besoin de JavaScript.
Votre tablette
La progression vit dans ce navigateur et nulle part ailleurs. Sans compte, sans serveur, rien n'est envoyé nulle part.
| Rang | Sens | Expérience |
|---|---|---|
| im | Motte d'argile | 0 |
| dumu e2-dub-ba-a | Élève de la maison des tablettes | 120 |
| dub-sar-tur | Scribe débutant | 350 |
| dub-sar | Scribe | 800 |
| šeš-gal | Grand frère, celui qui relit les tablettes | 1600 |
| um-mi-a | Maître de la maison des tablettes | 3000 |
| saĝĝa | Gardien des archives | 5200 |